Mes costumes préférés au cinéma

Autant vous l’avouer tout de suite, cela faisait quelque temps déjà que j’avais cet article en tête. En effet, je souhaitais concilier deux centres d’intérêt : la mode masculine classique et le cinéma. Bien souvent, les vêtements permettent d’apporter de l’épaisseur à un rôle, d’ajouter une dose de crédibilité, de rêve, de singularité. Je voulais donc rendre hommage ici à quelques films qui, dans l’histoire du cinéma ont, à mon sens, mis en valeur certaines pièces du vestiaire masculin de façon particulièrement réussie.

Attention cependant, cet article est à propos de mes vêtements préférés au cinéma, pas de mes films préférés. Je ne considère pas tous les films que je vais évoquer comme des chefs d’œuvre mais je ne parle que de films que j’ai vus, la plupart dans les deux dernières années pour que cela soit encore frais dans ma mémoire.

Éteignez donc la lumière, asseyez-vous confortablement, le voyage peut commencer.

Le costume bleu marine
Michael Caine, Get Carter, 1971

get carter

Le costume bleu marine est la clé de voûte du vestiaire masculin classique, la pièce par laquelle il faut commencer et qui s’adapte à toutes les occasions. Le costume porté par Michael Caine dans Get Carter résume à lui seul ce qu’est la notion d’understatement dans l’élégance britannique. Le costume anglais n’est pas là pour se faire remarquer, il doit mettre en valeur son porteur, mais de façon discrète.

Michael Caine arbore donc un costume trois pièces bespoke, confectionné par son tailleur de l’époque Douglas Hayward, dans un magnifique tissu en mohair de chez Dormeuil (célèbre fabricant de tissus français que j’ai d’ailleurs choisi pour mon dernier costume). Ce qui m’a vraiment frappé dans ce film, c’est que le costume semble être comme une seconde peau pour Michael Caine, les proportions sont parfaites, jusque dans la largeur des revers qui ne sont ni trop étroits comme dans les années 60 qui venaient de se terminer, ni trop larges comme l’époque le voulait (nous sommes en 1971). L’acteur complète sa mise avec une chemise bleu ciel et une cravate bleu marine qui lui assurent une certaine sobriété pour un look qui est une véritable ode à la couleur préférée du monde occidental. Surtout, cela permet à la tenue de ne jamais prendre le pas sur le personnage. Ainsi vêtu, Michael Caine peut se lancer à la poursuite de ceux qui ont tué son frère dans le Newcastle du début des années 70, vestige d’un âge industriel qui n’existe déjà plus, et qui n’a pas encore embrassé le monde moderne.

Je conseille à tous ceux qui pourraient penser qu’un jeans et une paire de baskets sont ce qui les met le plus en valeur de regarder ce film, pour moi un si ce n’est LE summum de l’élégance discrète au cinéma au service d’un immense acteur et éminent sujet de sa majesté.

La tenue white tie
Fred Astaire, Top hat, 1935

top hat

Regarder un film des années 30 est toujours quelque chose de dépaysant, témoin d’une époque révolue. Si Top hat n’est pas mon film préféré de la période (je vous conseille plutôt l’excellent Mr Smith goes to Washington), il n’en demeure pas moins d’un intérêt sartorial certain. En effet, l’acteur principal est Fred Astaire, pilier de l’élégance masculine au 20esiècle. Dans ce film, l’acteur porte avec un aplomb certain ce qui se fait de plus formel en termes de tenue masculine : le white tie. La tenue white tie consiste en : chemise de cérémonie blanche avec col cassé, nœud papillon blanc, gilet blanc, queue de pie noire, pantalon noir avec bande satinée, souliers vernis.

Cette tenue fût popularisée par les anglais dans la première moitié du 19esiècle, avant d’être progressivement remplacée en termes de référent formel par le black tie (le smoking si vous préférez) au début du 20e siècle. Les amateurs de la série Downton Abbey auront d’ailleurs remarqué que dans les premières saisons, les hommes de la famille Crawley dînent ordinairement en white tie, avant d’opter au fil des saisons et à mesure que les années 20 arrivent pour le black tie. Nul doute que le déclin de l’empire britannique a commencé là.

Pour en revenir au film Top hat, Fred Astaire met le white tie à l’honneur avec une queue de pie dont les emmanchures hautes lui permettent de ne pas trop bouger lorsque l’acteur exécute ses numéros de danse avec sa partenaire fétiche Ginger Rogers.

Le costume destructuré
Richard Gere, American Gigolo, 1980

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Dans l’une des premières scènes du film, Richard Gere entre dans un restaurant pour retrouver une cliente. Et là, pour parler franchement, la classe du mec vous saute à la figure. Car au fond, American Gigolo est une figure de style. C’est ce film qui rendit Giorgio Armani célèbre, lui qui est derrière la garde-robe portée par Richard Gere dans le film. Le style Armani est reconnaissable entre mille, le costume est en quelque sorte déstructuré (on n’est pas dans ‘l’armure’ à l’anglaise) et en même temps cela reste très élégant. Ce n’est personnellement pas mon style mais je ne peux qu’admirer ce qu’a fait Armani pour le costume masculin.

American Gigolo est un hymne à l’élégance, celle de Richard Gere mais aussi de l’actrice principale Lauren Hutton. Il est classe, elle est classe, vous devinez la suite. Parce qu’autant vous le dire tout de suite, côté scénario, ça ne va pas chercher l’oscar. Au final, on a plus un film d’atmosphère mais qui est un vrai témoignage du style d’une époque avec en sus la bande son de Blondie.

La veste de smoking
David Niven, The Pink Panther, 1963

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Dire que David Niven est l’archétype du gentleman britannique n’est pas un vain mot. Ayant participé à la seconde guerre mondiale avec les forces britanniques, il va ensuite éclabousser le cinéma de sa classe et de son flegme tout britannique pendant plus de trois décennies. Le sommet du genre sera atteint avec Mort sur le Nil, où il fait équipe avec un autre monument du cinéma britannique, Sir Peter Ustinov.

Dans La Panthère Rose, David Niven joue un aristocrate voleur de diamants, aux prises avec le catastrophique Inspecteur Clouseau (les anglais n’ont pas pu s’empêcher de nous ridiculiser). Mais surtout, en vacances à Cortina d’Ampezzo, il nous sort une veste de smoking rouge de toute beauté, qui disrupte la traditionnelle veste noire. Ici, la veste est en velours, le col châle noir. Avec un pantalon noir, tout cela est du plus bel effet pour aller dîner avec la princesse (Claudia Cardinale, excusez du peu). Ce principe de veste de smoking colorée sera repris dans le dernier Kingsman, The Golden Circle, où Eggsy porte une veste de smoking orange pétant, ce qui est bien plus osé, et je dois dire personnellement peu à mon goût.

Le costume croisé
Colin Firth, Kingsman: The Secret Service, 2015

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Kingsman est véritablement une ode au style sartorial. L’agence d’espionnage est située dans une boutique de tailleurs et ses espions portent des costumes de toute beauté.

L‘idée du film est venue au réalisateur Matthew Vaughn alors qu’il faisait des essayages pour ses propres costumes bespoke chez Huntsman, tailleur à Savile Row. Huntsman va être à l’origine du nom ‘Kingsman’ et ses locaux serviront pour le tournage du film. Le scénario a réellement été pensé autour du vêtement. Et là, autant vous dire que c’est un véritable régal, notamment en termes de costumes croisés, pièce que l’on voit assez peu portée de nos jours (en fait depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour être tout à fait honnête). Colin Firth porte des costumes croisés 6 on 2 : 6 boutons dont 2 actifs. Dans le plus pur style anglais, ses costumes possèdent une certaine dose de padding. La coupe est parfaite, la taille marquée et le cran aigu placé pile à la bonne hauteur.

A priori (car l’information n’est pas facile à trouver), les costumes du film auraient été réalisés par le tailleur Martin Nichols de Savile Row (et donc pas par Huntsman qui a juste prêté ses locaux pour le tournage). Ici, le look de Colin Firth est la quintessence du style anglais avec ce costume à rayures de banquier, qu’il associe avec une chemise blanche de chez Turnbull & Asser (une référence au Royaume-Uni qui possède le Royal Warrant) et d’une cravate également à rayures, que les anglais appellent Regimental tie.

Faire un film où le style sartorial prend autant d’importance, à notre époque où le casual règne en maître, était une véritable gageure, mais c’est au final un pari totalement réussi.

Alors messieurs, à vos costumes croisés (voir mon article sur le sujet) !

Le costume rose
Robert Redford, The Great Gatsby, 1974

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Porter un costume rose n’est pas quelque chose qui viendrait à l’esprit de tout le monde. Et je dois dire que les images qui viennent immédiatement à l’esprit sont plutôt celles des costumes roses pétant des années 80, parti-pris stylistique dont il vaut mieux s’éloigner. Cependant, s’il y a une chose que les amateurs de vêtement savent, c’est que plus vous montez en gamme, plus la couleur est travaillée, et moins celle-ci est criarde. Le costume que porte Robert Redford dans The Great Gatsby est tout en subtilité, avec un rose léger tirant vers le rouge et une coupe parfaite.

Les costumes ont été réalisés par Ralph Lauren qui acquit une certaine notoriété grâce au film (un peu comme Armani avec American Gigolo). Et quitte à se faire plaisir, autant y aller à fond : Robert Redford porte ici non pas un gilet droit mais bien un gilet croisé, summum de l’élégance. Les revers du costume sont assez larges et la veste est souple afin de lutter contre la chaleur de l’été new yorkais (le film semble d’ailleurs avoir été sponsorisé par une marque de déodorants, tant les acteurs passent leur temps à transpirer).

A tenter donc, si vous avez les moyens d’avoir un costume parfaitement coupé avec un rose subtil, pour vos soirées d’été à l’ile de Ré ou sur le bassin d’Arcachon (je n’ai volontairement pas parlé de la Bretagne où là, la flanelle et le tweed seront plus de rigueur).

3 commentaires sur “Mes costumes préférés au cinéma

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  1. Bravo à STP!!!
    Le style de Tony Montana mériterait un paragraphe dans cette article!
    Les costumes de Tony sont au summum de la virilité de la mode!

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