L’homme derrière la différence de style entre Deschamps et Jacquet

15 juillet 2018 : la France est championne du monde. Didier Deschamps arbore un superbe costume de chez Smalto avec son cran si particulier, variante du cran parisien (99% des français ne l’auront pas remarqué).
12 juillet 1998 : la France est championne du monde. Aimé Jacquet arbore un polo trop grand, un bas de jogging et des baskets.
2 salles, 2 ambiances à 20 ans d’écart. Tout sauf un hasard.

Longtemps, les entraineurs et les sélectionneurs de football ont eu comme uniforme le survêtement les jours de match. Le maître mot vestimentaire était la praticité. On se souvient ainsi d’un Guy Roux avec son gros manteau l’hiver et son célèbre bonnet ou bien encore du mythique Brian Clough et son sweat shirt.
Alors bien sûr, même à cette époque, je parle des années 60, 70, 80 et 90, certains entraineurs et sélectionneurs sortaient le costume, notamment pour les grandes occasions, telles les compétitions internationales, les finales de coupes d’Europe ou de coupes nationales. Mais ce n’était clairement pas un mouvement de fond.

Guy Roux pas chic
Casual pas chic

Tout se passait pour le mieux dans le petit milieu du survêtement footballistique lorsque le vent du changement a soufflé. Et ce changement, il est venu du basket américain, via un homme. Cet homme, c’est Pat Riley.

Pat Riley en costume Armani
Si t’es coach et qu’à 50 ans tu ressembles pas à ça, t’as raté ta vie.

Après une carrière honnête de joueur marqué par un titre NBA (il s’agit de basket pour les moins sportifs d’entre vous) avec les Lakers en 1972, Pat Riley va connaître son heure de gloire en tant qu’entraîneur, et notamment en tant que coach des Lakers dans les années 80.
Avec les Lakers, Pat Riley va remporter pas moins de 4 titres NBA en 1982, 1985, 1987 et 1988. A cela, il faut ajouter les trois finales perdues en 1983, 1984 et 1989. Vous l’aurez donc compris, durant la décennie 80, Pat Riley réussit l’immense exploit d’emmener son équipe quasiment chaque année en finale des playoffs NBA. Alors certes, cette équipe réunit de vrais talents tels Magic Johnson ou Kareem Abdul-Jabaar, mais encore faut-il savoir les manager.

Pat Riley en costume Armani
Pat Riley en train de mener les Lakers au titre

Pat Riley va devenir l’emblème de l’entraineur qui gagne, du succès. A ce titre, il va être un modèle, une source d’inspiration. Et s’il y a bien une chose chez lui, outre la pratique du run and gun par son équipe, qui va être source d’inspiration, c’est son style vestimentaire.

Lorsque Pat Riley arrive sur le banc des Lakers dans les années 80, les entraineurs de NBA ont déjà l’habitude de porter le costume. Seulement, c’est souvent par obligation et rarement emballant. Pat Riley, lui, arrive avec sa gueule d’acteur de cinéma, ses cheveux plaqués en arrière à la Gordon Gekko mais surtout ses costumes Armani. Tout d’un coup c’est la révolution sur les bancs de touche de la NBA : un entraineur de basket porte des costumes Armani, rendez-vous compte ! Et accessoirement, c’est l’entraineur qui gagne. Pat Riley a la classe (pour les gens à l’époque j’entends, je ne cautionne personnellement pas l’achat de costumes chers de grandes marques où vous payez la marque) et il va faire des émules, notamment dans le football.

En effet, Pat Riley sévit chez les Lakers durant les années 80. Or, à cette époque, le football commence à changer, et l’entraîneur entame sa mue en tant que manager. Pour accompagner cette évolution, le costume va de plus en plus être de rigueur. Si le survêtement sied à l’entraîneur, le costume sied davantage au manager. Le football va donc s’inspirer des sports américains, qui sont en avance dans ce domaine. Comme l’Europe ne connaît pas vraiment le football américain et le baseball, c’est le basketball et la NBA qui vont servir d’exemple et la figure de Pat Riley, le coach qui gagne presque tout, de modèle. Cela devient également une question d’image et de prestige, on préfère que son club soit représenté par un entraineur en costume qu’en tenue de sport. Ce n’est donc pas étonnant si les clubs de foot ayant adopté en premier cette tenue sont les grandes institutions, habituées à fréquenter les soirées européennes avec Arrigo Sacchi pour le Milan AC, Johan Cruyff pour Barcelone ou encore Alex Ferguson pour Manchester United.

Arrigo Sacchi en costume
L’homme qui rendit le 4-4-2 plus sexy qu’Emily Ratajkowski

Petit à petit, cette tendance va se propager et se généraliser au sein des clubs professionnels et des sélections à partir des années 2000.

Alors oui, tous les entraîneurs de grands clubs ou les sélectionneurs ne portent pas le costume, même en 2018. Jurgen Klopp ou Maurizio Sarri en sont de parfaits exemples. Il n’en reste pas moins qu’ils sont devenus aujourd’hui une minorité visible.

Et voilà comment un homme explique en grande partie pourquoi, à 20 ans d’intervalle, Aimé Jacquet et Didier Deschamps ne boxaient pas dans la même catégorie vestimentairement parlant.

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