Le costume du président

Récemment, je tombais, ne me demandez pas comment, sur You Tube, sur le débat d’entre deux tours de la présidentielle de 1988 entre François Mitterrand et Jacques Chirac. Quel intérêt me direz-vous ? Eh bien, mon œil fût imperceptiblement attiré par la tenue des protagonistes. Costume impeccable, chemise bleu ciel et même…cravates à rayures, et ce pour les deux candidats, quelle audace pour qui vit aujourd’hui !
Dire que l’on a perdu, en 30 ans, en qualité et en originalité dans la tenue de nos hommes politiques est une évidence. Retour sur cette évolution, en se focalisant sur le premier d’entre eux, le président de la république.

Commençons donc par Valéry Giscard d’Estaing. A l’époque, nos présidents n’achetaient pas leurs costumes en prêt à porter, mais allaient chez leurs tailleurs. Pour Giscard, il s’agissait d’Henry Poole, tailleur londonien à la renommée certaine. D’ailleurs, c’était également le tailleur d’Édouard Balladur, grand élégant devant l’éternel.
Puis vint François Mitterand qui, en accédant au pouvoir en 1981, se dit qu’il lui fallait des costumes à la mesure de son nouveau statut. C’est donc le célèbre tailleur parisien Cifonelli, connu pour son épaule si caractéristique, qui eut la tâche de l’habiller en tant que président. Il est d’ailleurs intéressant de voir la différence entre le Miterrand du débat de 1974, la veste qui baille aux épaules, le revers XXL 70s et le cheveu un peu long et le Mitterrand du débat de 1988, la mise impeccable et qui fait bien plus présidentiel dans son allure. Cifonelli fit beaucoup pour améliorer l’apparence de François Miterrand, difficile à habiller car petit et trapu.
Jacques Chirac apportait également un soin certain à ses tenues. Comme ses prédécesseurs, il avait recours à un tailleur pour ses costumes et comme François Miterrand, il allait chez Cifonelli, même si ce n’était pas pour l’ensemble de ses costumes.
Le point commun de ces trois présidents de la république est la grande mesure (voir mon article à ce sujet), ou le fait d’aller chez un tailleur si vous préférez, et bien sûr une certaine élégance, une certaine stature donnée par le costume.

Valéry Giscard d'Estaing
Une cravate à pois, un costume trois pièces rayé et même une pochette blanche, un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.
François Mitterand costume
Les pointes de la chemise sont un plus longues que ce dont on a l’habitude mais cela donne une allure impeccable à François Mitterand. Le noeud de cravate est parfait et quant au costume, c’est quelque chose qu’on ne voit plus guère aujourd’hui, regardez la qualité des revers.
Jacques Chirac costume
Un cran parisien pour Jacques Chirac, une cravate à rayures, seul bémol: le noeud de cravate un peu trop gros.

En 2007, Nicolas Sarkozy accède au pouvoir. Et c’est peu dire que, dans la tenue, les choses vont changer.
Nicolas Sarkozy est tout d’abord le président qui rompt avec la grande mesure. Il préfère le prêt à porter (manque de patience quant au fait de devoir attendre des mois pour obtenir un costume ?) et privilégie les marques de luxe, notamment Dior, pour ses costumes. C’est moins cher que les costumes de ses prédécesseurs, mais avec le prêt à porter, pas de patron unique et donc une moindre capacité à mettre le nouveau président en valeur, à gommer les petits défauts (épaule plus basse que l’autre, silhouette à allonger…).
Nicolas Sarkozy va également être à l’origine d’une autre grande évolution : l’austérité chromatique avec notamment une tenue qui va devenir emblématique des présidents, et plus largement des hommes politiques mais également des hommes d’affaires : costume bleu marine, chemise blanche et cravate bleu marine. Il s’agit d’une tenue assez austère, sérieuse, clairement pensée pour faire passer le message que le président est tout à sa tâche et ne laisse pas de place à ce qui pourrait paraître superflu comme par exemple de la couleur ou même des motifs du type rayures ou carreaux. A noter que, pour ajouter un peu de texture dans cette tenue austère, Carla Bruni lui fera découvrir, pour ses cravates, la grenadine de soie, que Nicolas Sarkozy a contribué à populariser depuis.

Son successeur, François Hollande, est souvent raillé, notamment au début de son mandat, pour ses cravates qui sont trop longues, pas droites, dont le nœud est mal fait et pour ses pantalons trop longs. Durant ses cinq ans de mandat, il corrigera le tir mais restera dans la logique de Nicolas Sarkozy pour deux choses : pas de costumes en grande mesure et austérité chromatique.

François Hollande costume
François Hollande illustre bien l’austérité chromatique désormais en vigueur. Le noeud de cravate n’est pas droit et le col de sa veste n’est pas plaqué contre le col de sa chemise comme il se doit.

Arrive enfin Emmanuel Macron qui lui, se vante d’acheter ses costumes pour 400 euros, chez Jonas. Un président oui, mais un président qui s’habille comme monsieur Tout-le-monde. Du moins c’est le message qu’il essaie de faire passer. Personnellement, j’observe des revers pour ses vestes trop étroits et le tomber du costume n’est évidemment pas le même que pour ses prédécesseurs qui s’habillaient en grande mesure. De plus, les pointes de sa chemise rebiquent parfois un peu et son nœud de cravate n’est pas toujours parfait. Il me semblerait aussi qu’il gagnerait à avoir un col de chemise un peu moins ouvert. Niveau chromatique, Emmanuel Macron est dans la droite ligne de Nicolas Sarkozy : costume bleu marine, chemise blanche et cravate bleu marine. Une tenue sans fioriture, histoire de ne pas prêter le flanc à la critique. Emmanuel Macron pourrait toutefois de temps en temps porter une chemise bleu ciel, un costume anthracite et même en termes de cravate, aller sur du bordeaux, qui apporte de la couleur à la tenue sans être très extravagant, attendu que je parle d’une cravate unie. Pour la cravate à rayures portée par nos deux candidats en 1988, il ne faut pas y songer, beaucoup trop audacieux pour nos hommes politiques actuellement.

Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron costumes
Costume bleu marine, chemise blanche, cravate bleu marine, le nouvel uniforme du président. Sur cette photo, le costume de Nicolas Sarkozy est toutefois de meilleure qualité que celui d’Emmanuel Macron qui, comme pour François Hollande au dessus, a un écart entre le col de sa veste et celui de sa chemise, ainsi que des revers de veste un peu trop étroits.

Nous sommes ainsi passé, en l’espace de 30 ans, pour nos présidents de la république, du costume en grande mesure au costume en prêt à porter à 400 euros (même si depuis, Emmanuel Macron est passé chez Smuggler, au moins deux fois plus cher, Made in France). Tout ceci n’est pas anodin car un président qui aujourd’hui s’habillerait en grande mesure (à partir de 3000-4000 euros le costume) se ferait sans doute vivement critiquer, que ce soit par l’opposition, la presse ou bien le grand public, là où personne ne demandait de comptes à un Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand ou Jacques Chirac. Autre époque, autres mœurs.
On voit même des présidents (ou premier ministre), en la personne de Donald Trump et Boris Johnson, qui se targuent d’arborer un aspect négligé avec notamment une cravate trop longue, un nœud mal ajusté et un costume trop grand pour, soi-disant, faire plus proche de l’électorat. Je ne sais pas si arborer un aspect négligé pour gagner en proximité avec ses électeurs est un signe de respect mais c’est quelque chose que l’on voit de plus en plus chez nos hommes politiques qui, bien que le plus souvent en costume-cravate, parviennent tout de même à avoir un air brouillon et ce malgré des conseillers en image toujours plus nombreux.

Je me demande donc, à l’aune de cette tendance, ce que nous réservent les 20 ou 30 prochaines années pour nos futurs présidents sur fond de Made in France devenu très important, de considérations écologiques de plus en plus présentes concernant le vêtement et d’une notion de confort de plus en plus centrale.

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